La Grotte de Massabielle est le lieu, au bord du Gave de Pau, où Bernadette Soubirous a vu, selon ses dépositions reconnues par l’Église en 1862, la Vierge apparaître à dix-huit reprises entre le 11 février et le 16 juillet 1858. Son nom vient du bigourdan Massavièlha, « la vieille roche ». Ce qui n’était qu’un renfoncement rocheux fréquenté par les pauvres de Lourdes — bergers, ramasseurs de bois, riverains du Gave — est devenu, en quelques décennies, l’un des sanctuaires mariaux les plus visités au monde. Le Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes accueille aujourd’hui environ 3,6 millions de pèlerins et visiteurs chaque année (lourdes-france.org, 2024).
Ce dossier présente le lieu dans son ensemble : ce qui s’y est passé en 1858, ce qu’il en reste aujourd’hui, et comment l’Église a examiné chacun de ces éléments — apparitions, source, guérisons. Chaque article qui lui est rattaché développe l’un de ces aspects en détail.
Dans ce dossier
- Grotte de Massabielle — Les 18 apparitions racontées apparition par apparition, avec leurs dates.
- Eau de Lourdes — D’où vient la source et comment l’utiliser sans superstition.
- Miracles de Lourdes — Les 72 guérisons reconnues par l’Église, et comment elles le sont.
- Sanctuaire de Lourdes — Les basiliques, le domaine et la vie du pèlerinage aujourd’hui.
Qu’est-ce que la Grotte de Massabielle ?
Massabielle est la grotte où Bernadette Soubirous, 14 ans, a vu et entendu à dix-huit reprises une « Dame » que l’Église catholique identifie à la Vierge Marie, entre février et juillet 1858.
Le 11 février 1858, Bernadette Soubirous ramasse du bois près du Gave de Pau avec sa sœur et une amie lorsqu’elle aperçoit, dans une petite ouverture de la roche, une jeune femme vêtue de blanc. Selon les dépositions de la voyante des dix-huit apparitions recueillies lors du procès diocésain (1858-1862), elle ne saura d’abord donner à cette apparition d’autre nom que le mot patois « Aquéro », « cela ».
Les apparitions se répètent, de façon irrégulière, jusqu’au 16 juillet de la même année. Elles s’accompagnent d’une source qui jaillit sous les mains de Bernadette, de demandes de pénitence et de procession, et d’une déclaration décisive le 25 mars : « Que soy era Immaculada Councepciou », « Je suis l’Immaculée Conception ». Cette phrase, prononcée en patois bigourdan par une adolescente qui n’en connaissait pas la portée théologique, a beaucoup pesé dans l’examen ultérieur du dossier. L’évêque de Tarbes, Mgr Laurence, reconnaît l’authenticité des apparitions en 1862, après une commission d’enquête de plusieurs années.
Les 18 apparitions de 1858
Dix-huit apparitions se sont succédé du 11 février au 16 juillet 1858, avec des demandes précises : pénitence, procession, construction d’une chapelle.
Chaque apparition apporte un élément distinct au récit. La première est silencieuse : Bernadette voit la Dame sans qu’un mot ne soit échangé. Les suivantes introduisent progressivement un message de conversion et de prière — dès la huitième apparition, la Dame lui dit : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs ! » (Sanctuaire officiel, lourdes-france.com) — puis une demande explicite de procession et de construction d’une chapelle sur les lieux. La neuvième apparition, le 25 février, est celle de la source. La seizième, le 25 mars, est celle de l’identification comme Immaculée Conception — quatre ans après que ce dogme a été proclamé par Pie IX (Ineffabilis Deus, 1854). Cette coïncidence de dates est l’un des éléments que la commission épiscopale a examinés avant de reconnaître les apparitions comme authentiques.
Plusieurs de ces apparitions marquent des étapes reconnues du récit. Lors de la douzième, dans la nuit qui suit, une habitante de Lourdes, Catherine Latapie, trempe son bras déboîté dans l’eau de la source naissante. Elle retrouve aussitôt sa mobilité, un fait que l’Église reconnaîtra en 1862 comme la première guérison de Lourdes (lourdes-france.org). Lors de la quatorzième, plus de 3 000 personnes se rassemblent à la Grotte, l’abbé Peyramale ayant exigé, avant de transmettre la demande de chapelle, une preuve : voir fleurir en plein hiver l’églantier de la Grotte. Lors de la dix-septième, le 7 avril, le docteur Dozous constate que la flamme du cierge tenu par Bernadette entoure sa main pendant un quart d’heure sans la brûler — épisode resté connu sous le nom de « miracle du cierge ».
Le détail de chacune des dix-huit apparitions, avec ses circonstances précises et les paroles rapportées par Bernadette, est développé dans l’article qui lui est consacré.
Pour approfondir → le récit complet des 18 apparitions.
La source et l’eau de Massabielle
Une source a jailli sous les mains de Bernadette lors de la neuvième apparition, le 25 février 1858 ; elle alimente aujourd’hui les fontaines et les piscines du Sanctuaire.
Avant cette date, aucune source n’existait à cet endroit précis de la grotte. Bernadette elle-même a raconté ce moment : « Elle me dit d’aller boire à la source (…). Je ne trouvai qu’un peu d’eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire » (Sanctuaire officiel, lourdes-france.com). Le débit s’est ensuite stabilisé dans les jours suivants. Cette source alimente, depuis, l’ensemble des points d’eau du domaine : fontaines à boire, piscines de bains, robinets de puisage installés le long du parcours des pèlerins.
Environ 350 000 litres d’eau sont distribués chaque jour aux visiteurs qui viennent y puiser, s’y baigner dans les piscines réservées à cet usage, ou en emporter chez eux dans de petits récipients vendus ou distribués sur place (Sanctuaire officiel). Ce geste, très ancien dans la piété populaire lourdaise, s’inscrit dans une longue tradition de gestes sacramentaux plutôt que dans une recherche de remède.
Le bain aux piscines est accompagné par des bénévoles, souvent membres de l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes, qui aident les personnes malades ou à mobilité réduite. Ce cadre organisé distingue la démarche lourdaise d’un usage isolé de l’eau : elle s’inscrit dans un geste collectif, encadré, et rattaché à une prière plutôt qu’à un protocole de soin.
Pour approfondir → l’origine de la source et son usage.
Un usage de foi, pas un remède
L’eau de la source n’a révélé aucune propriété chimique particulière ; le Sanctuaire lui-même le rappelle. Sa valeur est spirituelle et sacramentelle, non médicale.
Le Catéchisme de l’Église catholique définit précisément ce type de signe : « Les sacramentaux sont des signes sacrés par lesquels, selon une certaine imitation des sacrements, des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus par la prière de l’Église » (CEC § 1667). Ils préparent à recevoir la grâce, ils ne la produisent pas mécaniquement. Bernadette elle-même mettait en garde contre toute lecture magique du geste : on ne prend pas l’eau de Lourdes comme on prendrait un médicament, elle n’a de valeur que par la foi qui l’accompagne.
Cette distinction protège de deux dérives opposées : traiter l’eau comme un produit thérapeutique, ou au contraire n’y voir qu’une superstition sans portée spirituelle réelle. Le portail rappelle systématiquement que l’eau de Lourdes ne remplace en aucun cas un avis médical ou un traitement en cours ; elle s’inscrit dans les gestes de prière qui l’accompagnent, comme le chapelet ou la neuvaine.
Les guérisons reconnues par l’Église
L’Église a reconnu 72 guérisons comme miraculeuses sur environ 7 300 dossiers examinés depuis 1862 (Theillier ; dernière reconnaissance le 16 avril 2025).
Ce chiffre de 72 ne recouvre pas l’ensemble des guérisons signalées à Lourdes, mais seulement celles qui ont franchi l’ensemble des étapes d’un examen médical puis canonique très strict. Dès son mandement du 18 janvier 1862 reconnaissant les apparitions, Mgr Laurence, évêque de Tarbes, avait fondé son jugement sur trois critères : « la fiabilité de la voyante — les fruits spirituels — les guérisons du corps » (mandement du 18 janvier 1862). La proportion — 72 reconnaissances sur plusieurs milliers de dossiers déposés — illustre l’exigence de la procédure plutôt qu’une rareté arbitraire ou un chiffre gonflé à des fins de communication.
Chaque dossier reconnu porte un nom, une date, un diagnostic initial et une date de proclamation par l’évêque du lieu concerné. La liste complète, les circonstances de chacune de ces guérisons et le détail de la procédure suivie pour chaque cas sont présentés dans l’article consacré aux miracles.
Pour approfondir → les 72 guérisons reconnues en détail.
Comment l’Église authentifie une guérison
Un dossier passe d’abord devant le Bureau des constatations médicales du Sanctuaire, puis devant le Comité médical international de Lourdes (CMIL), avant toute décision de l’évêque du diocèse concerné.
Le Bureau des constatations médicales a été fondé en 1883 par le docteur Georges-Fernand Dunot de Saint-Maclou. Il agissait à la demande du père Rémi Sempé, premier recteur du Sanctuaire : aucune guérison ne devait être déclarée sans vérification médicale rigoureuse et collégiale (lourdes-france.org). Il recueille le dossier initial : diagnostics, examens, témoignages des médecins traitants. Depuis sa création, plusieurs milliers de dossiers ont été soumis au Bureau. Si un dossier paraît solide, il est transmis au Comité médical international de Lourdes (CMIL), instance créée en 1947 et internationalisée en 1954. Le CMIL réunit une trentaine de spécialistes de plusieurs pays. Il applique des critères hérités du cardinal Lambertini au XVIIIe siècle : la guérison doit être soudaine, complète et durable. Elle doit aussi rester inexplicable en l’état des connaissances médicales, sans lien avec un traitement en cours.
Le rôle du CMIL s’arrête à ce constat scientifique : ses membres sont chargés de certifier que le mode de guérison est réellement « inexpliqué dans l’état actuel des connaissances scientifiques » (lourdes-france.org), jamais de se prononcer sur son caractère miraculeux. Seul l’évêque du diocèse où vit la personne guérie peut ensuite, sur la base de ce constat, la déclarer miraculeuse au nom de l’Église — une distinction que le portail tient à préciser systématiquement. Le Bureau est aujourd’hui présidé par le docteur Alessandro de Franciscis, qui en est le 15e président depuis 2009 (lourdes-france.org).
Le Sanctuaire aujourd’hui : basiliques et domaine
Le domaine du Sanctuaire, 52 hectares autour de la Grotte, réunit la basilique de l’Immaculée-Conception, la basilique du Rosaire et la basilique souterraine Saint-Pie X.
Construites successivement entre le XIXe et le XXe siècle, ces trois basiliques traduisent l’ampleur prise par le pèlerinage bien au-delà de la seule grotte des apparitions. La basilique de l’Immaculée-Conception, dite « basilique supérieure », est la première construite. Édifiée de 1862 à 1871 sur les plans de l’architecte Hippolyte Durand, elle est bénie le 15 août 1871 puis consacrée le 2 juillet 1876 (Office de Tourisme de Lourdes). Elle répond à la demande formulée par la Dame à Bernadette lors de la treizième apparition : « Allez dire aux prêtres de faire bâtir ici une chapelle. »
Devenue vite trop étroite, elle est complétée par la basilique Notre-Dame-du-Rosaire, dite « basilique inférieure ». Sa première pierre est posée le 16 juillet 1883, jour du 25e anniversaire de la dernière apparition, sur les plans de l’architecte Léopold Amédée Hardy, dans un style romano-byzantin. La basilique souterraine Saint-Pie X, troisième édifice du domaine, est consacrée le 25 mars 1958 pour le centenaire des apparitions.
Le domaine s’étend aujourd’hui sur 52 hectares traversés par le Gave de Pau et compte 22 lieux de culte (Office de Tourisme de Lourdes). La procession aux flambeaux, qui existe depuis 1872, s’y déroule chaque soir à 21h d’avril à fin octobre : les pèlerins, cierge à la main, marchent en chantant de la Grotte des Apparitions jusqu’à l’esplanade de la basilique du Rosaire.
Le domaine inclut également les piscines, l’esplanade où se déroule chaque soir la procession aux flambeaux d’avril à octobre, et plusieurs lieux d’accueil dédiés aux malades et à leurs accompagnants, dont l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes assure une part importante de l’organisation. La direction du Sanctuaire est confiée à un recteur, charge occupée depuis le 1er septembre 2022 par le père Michel Daubanes.
Le Sanctuaire porte aussi une attention particulière à l’accueil des personnes sourdes ou malentendantes, avec un service d’interprétation dédié, et à celui des personnes à mobilité réduite. Cette dimension d’accessibilité prolonge, dans l’organisation matérielle du lieu, l’attention aux malades qui a marqué son histoire depuis 1858.
Pour approfondir → les basiliques et le domaine aujourd’hui.
Visiter Massabielle : accueil des pèlerins
Environ 3,6 millions de personnes visitent le Sanctuaire chaque année (lourdes-france.org, 2024), pèlerins individuels ou groupes organisés, souvent accompagnés de malades.
L’accueil des personnes malades ou en situation de handicap reste une priorité historique du Sanctuaire, matérialisée notamment par les grands pèlerinages nationaux qui rassemblent chaque année des milliers de malades et de bénévoles. Cette attention aux malades trouve un écho particulier le 11 février, jour anniversaire de la première apparition. Dans sa lettre du 13 mai 1992 au cardinal Angelini, Jean-Paul II écrit avoir « décidé d’établir la “Journée mondiale des malades”, qui sera célébrée le 11 février de chaque année, mémorial liturgique de la Bienheureuse Vierge Marie de Lourdes » (Jean-Paul II, lettre du 13 mai 1992). Ce rapprochement de dates n’est pas un hasard, mais un choix pontifical explicite.
Au-delà des grands rassemblements organisés, la majorité des visiteurs viennent en démarche individuelle ou en petit groupe, pour une visite de quelques heures ou un séjour de plusieurs jours incluant messe, procession et passage aux piscines. Pour préparer concrètement son pèlerinage à Lourdes, un guide pratique dédié détaille les étapes de l’organisation du séjour.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la Grotte de Massabielle ?
Combien de guérisons ont été reconnues comme miraculeuses à Lourdes ?
L'eau de Lourdes a-t-elle des vertus curatives ?
Quelle est la différence entre la Grotte et le Sanctuaire ?
Faut-il croire aux miracles de Lourdes ?
Le Sanctuaire est-il ouvert toute l'année ?
Sources et références
Magistère
- CEC, editio typica, 1997 — § 1667 (sacramentaux), § 67 (révélations privées)
- Mgr Laurence, mandement de reconnaissance des apparitions, 18 janvier 1862
- Jean-Paul II, lettre au cardinal Angelini instituant la Journée mondiale des malades, 13 mai 1992
Sources lourdaises
- Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes — lourdes-france.org / lourdes-france.com (fréquentation 2024 ; ~350 000 litres d’eau/jour ; historique du Bureau des constatations médicales ; critère CMIL ; 72e guérison, 16 avril 2025 ; récit officiel des apparitions et paroles rapportées de Bernadette)
- Office de Tourisme de Lourdes — lourdes-infotourisme.com (dates de construction des basiliques ; superficie et procession aux flambeaux)
Corpus bernadettin
- Laurentin, Logia de Bernadette (t. I-III)
- Theillier, Lourdes, terre de guérisons