Miracles de Lourdes : combien reconnus par l'Église ?

Illustration — À Lourdes, l'Église a reconnu 72 guérisons comme miraculeuses depuis 1858.

L’Église catholique a officiellement reconnu 72 guérisons comme miraculeuses à Lourdes, sur environ 7 300 dossiers examinés depuis 1858. La 72ᵉ, celle d’Antonietta Raco, a été proclamée le 16 avril 2025 par Mgr Vincenzo Carmine Orofino, évêque du diocèse de Tursi-Lagonegro (Basilicate, Italie), après avis favorable du Comité médical international de Lourdes (Theillier ; Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes).

Combien de miracles reconnus à Lourdes aujourd’hui ?

Depuis 1858, 72 guérisons ont été déclarées miraculeuses par l’Église. La dernière, celle d’Antonietta Raco, a été proclamée le 16 avril 2025 par Mgr Vincenzo Carmine Orofino, évêque du diocèse de Tursi-Lagonegro, en Basilicate (Italie).

Ce chiffre de 72 ne représente qu’une infime part des dossiers étudiés. Depuis les premières apparitions de 1858, environ 7 300 guérisons ont été signalées et examinées par les autorités compétentes du Sanctuaire (Theillier, Lourdes, terre de guérisons). La plupart de ces dossiers s’arrêtent en cours de route : une amélioration constatée médicalement ne suffit jamais, à elle seule, à obtenir la reconnaissance canonique.

Avant Antonietta Raco, la 70ᵉ guérison reconnue était celle de sœur Bernadette Moriau, en 2018. Un très petit nombre de dossiers franchit donc chaque décennie l’ensemble des étapes de vérification. Il est important de toujours dater ce chiffre de 72, car il évolue au fil des décisions épiscopales, et certaines sources anciennes citent encore « 70 » ou des totaux antérieurs.

Cette rareté n’est pas un signe de désintérêt de l’Église pour les guérisons constatées à Lourdes. Elle traduit au contraire l’exigence délibérée du processus d’examen, pensé pour rester crédible sur un sujet qui touche à la fois à la médecine et à la foi. Un pèlerin qui découvre ce chiffre pour la première fois comprend ainsi qu’un miracle reconnu n’est jamais une affirmation hâtive, mais l’aboutissement d’une procédure longue et documentée.

Le Sanctuaire accueille aujourd’hui environ 3,6 millions de personnes chaque année (lourdes-france.org, 2024). Rapporté à ce flux continu de pèlerins depuis plus d’un siècle et demi, le nombre de 72 guérisons reconnues donne la mesure exacte de la prudence de l’Église : elle préfère un chiffre restreint et solidement établi à une liste large mais fragile.

VidéoAntonia Raco, 72ᵉ miraculée de Lourdes (chaîne officielle du Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes).

Comment l’Église reconnaît-elle un miracle ?

Toute guérison signalée à Lourdes est d’abord examinée par le Bureau des constatations médicales, puis soumise à l’avis du Comité médical international de Lourdes (CMIL), avant décision de l’évêque diocésain.

Le Bureau des constatations médicales constitue la première étape de tout dossier. Installé au Sanctuaire, il recueille les témoignages et les documents médicaux des personnes qui déclarent avoir été guéries lors d’un pèlerinage. Le Dr Alessandro de Franciscis, quinzième président de ce Bureau et premier non-Français à occuper ce poste, en assure la présidence depuis le 10 février 2009.

Lorsqu’un dossier paraît suffisamment solide sur le plan médical, il est transmis au CMIL. Cette instance rassemble des médecins de diverses spécialités et de plusieurs nationalités, qui étudient le cas de façon indépendante les uns des autres avant de voter. Pour la guérison d’Antonietta Raco, le vote favorable a été acquis à 17 voix sur 21, en novembre 2024.

L’avis du CMIL ne suffit toutefois pas, à lui seul, à faire d’une guérison un miracle officiellement reconnu. Il ouvre seulement la voie à la dernière étape du processus, celle du jugement porté par l’évêque du diocèse où réside la personne concernée. Cette organisation en plusieurs étapes distinctes, médicale puis épiscopale, garantit qu’aucune instance ne se prononce seule sur un sujet aussi sensible.

Le CMIL n’étudie pas de dossiers en continu : il se réunit périodiquement, et chaque cas soumis fait l’objet d’un examen approfondi avant tout vote. Cette lenteur volontaire du processus explique pourquoi une seule guérison, en moyenne, franchit l’ensemble des étapes tous les quelques années. Elle protège aussi le Sanctuaire d’une accusation fréquente, celle de multiplier des annonces spectaculaires sans fondement médical solide.

Quels critères médicaux définissent une guérison miraculeuse ?

Une guérison n’est retenue comme miraculeuse que si elle est soudaine, complète, durable et médicalement inexplicable en l’état des connaissances, sans lien avec un traitement en cours.

Ces critères sont traditionnellement associés au cardinal Prospero Lambertini, futur pape Benoît XIV, dans son traité De Servorum Dei Beatificatione et Beatorum Canonizatione (Livre IV, Partie I, chapitre VIII, n° 2, 1734), texte de référence toujours utilisé par le Bureau des constatations médicales et le CMIL (AMIL, amilourdes.com/criteres-canoniques, consulté juillet 2026). Ils continuent aujourd’hui de structurer l’examen des dossiers de Lourdes.

Il faut distinguer deux notions souvent confondues par les pèlerins : la guérison « inexpliquée », simplement constatée par la médecine sans qu’elle en trouve la cause, et la guérison « miraculeuse », terme réservé aux seuls cas ayant reçu la reconnaissance officielle de l’évêque diocésain. Une guérison inexpliquée n’est donc jamais présentée comme un « miracle prouvé » : la science constate une absence d’explication à un instant donné, elle ne se prononce pas sur une intervention divine.

L’eau de la source de Massabielle n’entre pas dans ces critères médicaux : elle n’a jamais été identifiée comme un agent curatif par les analyses scientifiques menées au fil des décennies. Bernadette elle-même rappelait que cette eau n’aurait pas de vertu sans la foi de celui qui la reçoit (Laurentin, Logia). Sa valeur, pour le portail comme pour le Sanctuaire, reste spirituelle et sacramentelle, jamais médicale.

Depuis 2008, le Sanctuaire propose aux pèlerins le geste de l’eau aux fontaines de la Grotte, plutôt qu’une immersion systématique dans les piscines (Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes). Ce geste s’inscrit dans une démarche de prière et de confiance, non dans une attente de résultat physique immédiat. Il rappelle que la démarche du pèlerin reste avant tout spirituelle, même lorsqu’elle accompagne une souffrance ou une maladie bien réelle.

Quel rôle joue l’évêque diocésain dans la reconnaissance finale ?

Seul l’évêque du diocèse où réside la personne guérie peut proclamer officiellement un miracle, après avis favorable du CMIL.

Cette étape finale rattache la reconnaissance d’un miracle à l’autorité pastorale ordinaire de l’Église, plutôt qu’à une instance romaine centralisée. C’est ainsi que la 72ᵉ guérison a été proclamée par Mgr Vincenzo Carmine Orofino, évêque de Tursi-Lagonegro, diocèse italien de résidence d’Antonietta Raco, et non par le Sanctuaire de Lourdes lui-même, qui n’a pas compétence pour prononcer une telle décision.

Le sens théologique de cette démarche dépasse la seule vérification des faits médicaux. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle que les nombreuses guérisons opérées par le Christ étaient un signe éclatant que « Dieu a visité son peuple » (CEC § 1503, citant Lc 7, 16). Reconnaître un miracle, c’est donc avant tout discerner un signe de la présence de Dieu au milieu des hommes, plus qu’établir une preuve au sens scientifique du terme.

Pour le pèlerin, cette distinction protège d’une lecture magique de Lourdes. Les guérisons reconnues restent des signes rares, entourés de garanties rigoureuses à chaque étape, et non des garanties personnelles de guérison offertes à chaque visiteur du Sanctuaire. Elles invitent plutôt à une lecture de foi, dans la continuité de ce que rappelle le Catéchisme sur la compassion du Christ envers les malades.

Cette manière de comprendre les miracles rejoint l’esprit de la Journée mondiale des malades, instituée par saint Jean-Paul II en 1992 et célébrée chaque 11 février à Lourdes. Cette journée met en avant tous les malades qui viennent en pèlerinage, guéris ou non, et rappelle que l’accompagnement spirituel de la souffrance reste au cœur de la mission du Sanctuaire, bien au-delà des seuls 72 cas officiellement reconnus.

Questions fréquentes

Combien de miracles sont reconnus à Lourdes ?

L'Église a reconnu 72 guérisons comme miraculeuses depuis 1858, sur environ 7 300 dossiers examinés au Sanctuaire. La dernière proclamation date du 16 avril 2025, pour Antonietta Raco ; la précédente concernait sœur Bernadette Moriau, en 2018. Ce chiffre doit toujours être daté et resitué, car il évolue avec chaque nouvelle reconnaissance épiscopale, parfois espacée de plusieurs années.

L'eau de Lourdes guérit-elle ?

Non, aucune analyse scientifique n'a identifié de propriété curative particulière dans l'eau de la source de Massabielle. Sa valeur est spirituelle et sacramentelle, non médicale. Bernadette elle-même précisait que cette eau n'a de vertu que par la foi de celui qui la reçoit, jamais par elle-même.

Qu'est-ce que le Bureau des constatations médicales ?

C'est l'instance du Sanctuaire chargée d'examiner en premier lieu tout dossier de guérison signalée par un pèlerin. Elle recueille les preuves médicales avant transmission, si le dossier le justifie, au Comité médical international de Lourdes pour un examen plus approfondi et indépendant.

Une guérison inexpliquée est-elle automatiquement un miracle ?

Non. Une guérison « inexpliquée » signifie seulement que la médecine n'en trouve pas la cause en l'état actuel des connaissances scientifiques. Elle ne devient un « miracle » qu'après reconnaissance officielle de l'évêque diocésain, à la suite d'un avis favorable du Comité médical international de Lourdes. Entre ces deux étapes, plusieurs années peuvent s'écouler, le temps que le dossier soit complètement instruit.

Sources et références

Magistère

  • Catéchisme de l’Église catholique, editio typica 1997 — § 1503

Sources lourdaises

  • Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes — lourdes-france.org, page « Miracles et guérisons » (consultée juillet 2026)

Corpus bernadettin

  • Theillier, Lourdes, terre de guérisons
  • Laurentin, Logia de Bernadette (parole citée sur l’eau de la source)

Sources complémentaires en ligne

  • AMIL (Association Médicale Internationale de Lourdes) — amilourdes.com/criteres-canoniques (consulté juillet 2026) : Cardinal Lambertini, De Servorum Dei Beatificatione et Beatorum Canonizatione, Liber IV, Pars I, Cap. VIII, n° 2, 1734

Média

  • Vidéo « Antonia Raco, 72ᵉ miraculée de Lourdes » — chaîne officielle du Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, youtube.com/watch?v=aRmQbm6J7zk